Congrès des géomètres-experts

«L’IA produit des données, à nous d’en faire de l’expertise »

À l’occasion du 48e congrès des géomètres-experts, qui se tiendra à Nantes du 23 au 25 juin, Antoine Vinceneux, trésorier du Conseil supérieur et président du conseil régional d’Angers, animera une séance consacrée à la place de l’IA dans les professions réglementées. Entre promotion des usages et exigence de responsabilité, l’Ordre entend accompagner ses membres avec un message clair : la technologie ne remplacera jamais le jugement de l’expert.
Propos recueillis par Samuel Ribot Le mercredi 6 mai 2026
« Contrairement aux idées reçues, l’IA renforce le collaboratif. » © Flash25/peopleimages.com / Adobe Stock

La séance que vous animez a pour titre «Quelle régulation pour les professions réglementaires?». Comment va-t-elle s’articuler?
Antoine Vinceneux: Nous aurons déjà exploré pendant une journée et demie les cas d’usage, à travers une revue détaillée des applications de l’IA pour le métier de géomètre-expert dans le cadre de l’expertise, des données et du management. L’idée sera de prendre du recul et de voir quel sens donner à tout cela dans le cadre d’un ordre professionnel, de comprendre comment l’Ordre se positionne face à l’arrivée de l’IA, vis-à-vis des professionnels comme des clients, lesquels sont en droit d’attendre un niveau d’expertise garanti quelles que soient les évolutions technologiques.

 

Comment justement garantir ce niveau d’expertise?
A.V.: Les géomètres-experts exercent un monopole qui leur interdit de déléguer leur mission à des machines. Nous devons au contraire toujours apporter cette garantie humaine. Ce qui est dit, ce qui est fait doit rester explicable: c’est cela, l’expertise. Dans ce cadre, l’IA peut être un outil extraordinaire. Mais produire une donnée correcte ne suffit pas: encore faut-il savoir l’interpréter, la contextualiser, en assumer la responsabilité. C’est précisément ce que l’IA ne fera jamais à notre place.

 

Quel est le positionnement de l’Ordre vis-à-vis de l’IA?
A.V.: Le rôle de l’Ordre, c’est de rappeler dans quel cadre cette évolution doit s’inscrire. Ces règles, nous n’avons pas à les créer: le RGPD et l’IA Act européen s’imposent déjà à tous. Notre objectif est d’être des facilitateurs: nous devons faire en sorte que les géomètres-experts respectent ces obligations tout en disposant d’outils simples favorisant le développement de leur activité. Nous le devons à la fois au professionnel et au client. Ce dernier doit savoir qu’en s’adressant à un géomètre-expert, il a en face de lui un professionnel rompu aux nouvelles technologies, capable de les utiliser à bon escient, dans un climat de confiance.

 


 

ANTOINE VINCENEUX
«Les dossiers que nous traitons sont déjà largement impactés par l’IA.»

 


 

De quels risques les professionnels doivent-ils se prémunir?
A.V.: Le risque majeur, c’est une confiance excessive dans l’outil, qui aboutirait à une forme de délégation. C’est la même chose qu’avec n’importe quel appareil: si le professionnel ne comprend pas ce qui se passe en amont, il ne peut pas qualifier les données produites. Avec l’IA, une donnée sortira toujours. Mais si on ne peut pas l’expliquer, si l’IA tient le raisonnement à notre place, nous aurons perdu le contrôle et donc le sens même de notre métier. L’IA reste de la technologie, de la statistique. C’est un outil, et il faut le voir comme tel.

 

Vous accueillerez un représentant de l’Ordre des architectes et un autre du ministère de la Justice. Que vont-ils apporter à la réflexion?
A.V.: Les architectes ont dans leur métier une part importante de créativité, que l’IA affecte potentiellement. Il sera intéressant de voir comment leur institution aborde cet enjeu. Quant au monde judiciaire, sa présence s’impose dans la mesure où nous sommes un organe de jugement professionnel, avec une dimension disciplinaire. Nous devons d’ailleurs être lucides: les dossiers que nous traitons sont déjà largement impactés par l’IA…

 

Comment abordez-vous personnellement l’IA dans votre pratique professionnelle?
A.V.: Le plus important, c’est de savoir où l’on veut aller avant de choisir l’outillage, et non l’inverse. L’une des erreurs les plus fréquentes consiste à «jeter» des données dans l’IA pour voir ce qu’il en ressort. Au contraire, quand on a une vision claire de l’expertise, des objectifs et des données à intégrer, l’IA devient extrêmement utile. Et ce qui est remarquable, c’est que les cas d’usage se révèlent au fur et à mesure. C’est d’ailleurs pour cela que ce congrès est important: il permettra à chacun d’explorer les possibilités, de surmonter ses appréhensions et de s’ouvrir à un développement réellement enrichissant. Contrairement aux idées reçues, l’IA renforce le collaboratif. À titre personnel, j’ai la conviction que c’est l’intelligence collective humaine qui apportera la réponse la plus cohérente à l’utilisation de l’intelligence artificielle.

 

Ce congrès se tient à Nantes. Qu’est-ce que cela représente pour vous?
A.V.: C’est le premier congrès sous ce format global depuis plus de quatre ans. Ce sera un moment de rassemblement dans un lieu d’exception, la Cité des congrès, avec des temps forts mémorables… La forme même du congrès a été repensée. Nous voulons provoquer une véritable expérience. Ce que je souhaite, c’est que chaque géomètre-expert reparte en ayant vécu un événement immersif, retrouvé la chaleur de ses confrères, et surtout en revenant avec des idées nouvelles pour mettre cet outil au service de notre profession.

 

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