Dans l’espace, le multilatéralisme fonctionne encore
Pour la première fois en cette fin 2025, la Station spatiale internationale (ISS) affiche complet: ses huit ports d’amarrage, qui sont comme huit places de stationnement, sont occupés par des vaisseaux de transport d’équipages ou de matériel. Opéré par la Nasa en partenariat avec les agences spatiales russe, japonaise, européenne et canadienne, ce projet hors du commun témoigne du dynamisme des coopérations multilatérales dans l’espace. Un phénomène qui s’est amplifié avec l’accroissement de la famille des puissances spatiales, favorisé notamment par l’émergence des Brics (1). Cela n’empêche pas la poursuite de programmes militaires ni la protection des intérêts stratégiques de chaque puissance spatiale, comme en témoigne l’initiative européenne du Space Act, un cadre normatif proposé en juin 2025 pour renforcer les capacités spatiales de l’Europe, au-delà de programmes existants comme Copernicus et Galileo, face à la suprématie des Etats-Unis et de la Chine.
Le domaine de l’observation de la Terre n’échappe pas à la règle, avec de nombreuses missions multilatérales. Un exemple déjà cité dans cette rubrique est la mission Swot (Surface water and ocean topography) lancée en 2022 par le Cnes et la Nasa avec une participation des agences canadienne (CSA) et britannique (Uksa) dans le prolongement des satellites Jason-1, 2, 3, eux-mêmes successeurs de la grande mission franco-américaine Topex-Poséidon d’océanographie spatiale. Dans ce genre de partenariat, chaque pays est chargé d’une partie de la mission définie en fonction de ses compétences scientifiques et industrielles. Ainsi, dans le cas de Swot, le Cnes est responsable de la plateforme (le corps du satellite), et la Nasa de la charge utile (l’instrument altimètre).
CHAQUE PAYS APPORTE SES COMPÉTENCES
Parallèlement à son implication dans les programmes de l’Agence spatiale européenne, où le multilatéralisme est géré par une autorité centrale, la France a une longue tradition de coopération internationale en matière d’observation de la Terre. La filière des satellites Spot est une initiative française conçue à partir des années 1970 en coopération avec la Belgique et la Suède. Par la suite, la France a coopéré, entre autres, avec la Chine (satellite CFOSat pour l’observation globale des océans) et avec l’Inde (satellites Megha-Tropiques pour la climatologie tropicale, Saral-Altika pour mesurer la topographie des océans, et prochainement Trishna pour l’imagerie thermique).
Contrairement aux exemples précédents dans lesquels le partenariat porte sur une mission spatiale et s’achève à la fin de celle-ci, il existe un programme bilatéral pérenne d’observation de la Terre qui fonctionne depuis plus de quarante ans. Dans les années 1980, le Brésil et la Chine ont initié le programme Cbers (China-Brazil Earth resources satellite), une filière de satellites d’observation dont les lancements se sont poursuivis au cours du temps en se diversifiant. A la fin de la guerre froide, ce partenariat permettait à deux puissances émergentes d’échapper aux règles imposées par les pays développés en matière de transfert de technologie et de partager une source d’information précieuse pour surveiller leurs immenses territoires. Même si, depuis, la Chine a largement devancé le Brésil en termes de développement technologique, le partenariat se poursuit et un radar est à l’étude pour équiper un prochain satellite, confirmant les bienfaits de la coopération internationale pour l’observation de notre planète.
(1) Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud.

