80 ans de l’Ordre

Une profession en marche

En l’espace de huit décennies, l’institution ordinale a accompagné l’évolution du métier de géomètre-expert. Des ruines de l’après-guerre au futur dessiné par l’intelligence artificielle, l’Ordre et la profession ont cheminé côte à côte e s’apprêtent à explorer de nouveaux horizons.
Samuel Ribot Le jeudi 30 avril 2026
© Guillaume Suter, d’après Valéry Joncheray

Le 7 mai 2026 marque donc le quatre-vingtième anniversaire de l’Ordre des géomètres-experts. Un âge vénérable pour une institution, mais qui n’est rien en comparaison de celui d’une profession dont les origines remontent à plusieurs milliers d’années. Il n’en reste pas moins que la création de l’Ordre a marqué un tournant majeur dans l’exercice, l’encadrement et l’utilité sociale de la profession. Pour mesurer le chemin parcouru depuis la loi «instituant l’Ordre des géomètres-experts», il faut se replonger dans la France de 1946. Un pays sorti exsangue de la Seconde Guerre mondiale et de l’Occupation, un territoire à reconstruire physiquement et juridiquement, un cadastre lacunaire, des propriétés perdues, rasées ou disputées.
C’est dans ce contexte, où le domaine foncier est en grande partie à restructurer, que l’Ordre est institué par la loi du 7 mai 1946. Une étape qui est à la fois le fruit du lobbying de la profession et d’une nécessité qui s’impose aux pouvoirs publics. Dans cette France à reconstruire, «L’État avait besoin de disposer auprès de lui d’une profession capable de dresser des plans fiables», rappelle Jean-François Perraud, géomètre-expert honoraire passionné par l’histoire de ses pairs. Et le changement est majeur: «La loi a permis de confier à une profession réglementée la définition des droits attachés à un droit constitutionnel. C’est là quelque chose d’absolument essentiel», rappelle pour sa part François Mazuyer, président d’honneur du Conseil supérieur de l’OGE.


UNE PROFESSION PLUS VIVANTE QUE JAMAIS

Quatre-vingts ans plus tard, le géomètre-expert demeure le seul habilité à «dire la propriété» en fixant les limites des biens fonciers, exerçant encore aujourd’hui un monopole dont l’existence, maintes fois menacée, a toujours résisté aux pressions. Mais au-delà, la profession est surtout plus vivante que jamais. Près de 1.880 géomètres-experts sont aujourd’hui inscrits au tableau de l’Ordre. L’écosystème construit autour de ces professionnels emploie environ 10.000 salariés — qui peuvent être ingénieurs, géomaticiens, pilotes de drone, paysagistes, urbanistes, etc. — et a réalisé un chiffre d’affaires de 1,05 milliard d’euros en 2024. Si nombre de cabinets continuent d’exercer les missions «classiques» dévolues au géomètre-expert, leurs compétences n’ont cessé d’évoluer, s’adaptant aux évolutions réglementaires comme aux bouleversements technologiques. Le dernier en date, l’intelligence artificielle, sera d’ailleurs au cœur du prochain congrès de l’OGE, au mois de juin. 

 


 

« Il y aura toujours des géomètres-experts » © Gorodenkoff / Adobe Stock — Valéry Joncheray

 


 

Autre évolution notable: le regard des autres professions et la collaboration existant aujourd’hui entre les géomètres-experts et les autres professionnels de l’aménagement et du cadre de vie. «Ils sont nos yeux!», illustre ainsi Céline Deschamps, porte-parole du Conseil supérieur du notariat.
Au fil de ces évolutions, le cap tracé en 1946 a été tenu par l’institution ordinale. «Le fait d’avoir traversé ces décennies constitue à mes yeux une preuve de la légitimité de l’institution et du rôle qu’elle peut jouer, tant pour réguler la profession que pour la société dans son ensemble», observe Séverine Vernet, actuelle présidente de l’OGE et première femme à exercer ces fonctions. Mais si l’Ordre «a pour vocation de veiller à la discipline» et «s’assure de la qualité du service fourni aux consommateurs» en étant «garant du respect de la déontologie et des règles de l’art», ses missions ont évolué. Aujourd’hui, l’institution se présente comme «l’instance de régulation et de management stratégique de la profession». Elle a récemment choisi de travailler de manière plus ouverte avec ses conseils régionaux et, au-delà, avec l’ensemble des géomètres-experts. «Parce que l’Ordre ne peut exister sans eux», appuie la présidente de l’OGE. Engagé dans la thématique de la sobriété foncière, l’Ordre a choisi de se positionner comme une force de proposition et de peser dans le débat public. Il prolonge en outre cette ambition à travers ses filiales Teria, spécialisée dans la géolocalisation, Géofoncier, portail innovant consacré à l’information foncière, et Novendi, chargée de former les géomètres-experts et les collaborateurs des cabinets et de communiquer en direction de son écosystème professionnel à travers un magazine. En quatre-vingts ans, l’institution ne s’est donc pas endormie. Qu’en sera-t-il demain? «Il y aura toujours des géomètres-experts. Et cette profession aura plus que jamais besoin d’une instance commune pour la fédérer, la représenter et la projeter dans l’avenir», assure Séverine Vernet.

 




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Retrouvez ces articles et l’ensemble du dossier consacré au 80e anniversaire de l’OGE dans le magazine novendi n°9, mai 2026, en consultant notre page «Le magazine».

 


 

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