80 ans de l’Ordre

« Agir au service du public et de la profession »

Si la date symbolique du 7 mai 2026 marque l’anniversaire de la loi portant création de l’Ordre, l’institution n’en est pas moins une entité en perpétuelle évolution, rappelle sa présidente Séverine Vernet.
Propos recueillis par Samuel Ribot Le jeudi 30 avril 2026
À l’occasion de ses 80 ans, l’Ordre investit son nouveau siège, la Maison XIV, « une vitrine plus accueillante, plus chaleureuse ». © Olivier Rochard

La loi instituant l’Ordre fête cette année ses 80 ans. Quel regard portez-vous sur l’institution que vous présidez aujourd’hui?
Séverine Vernet: 80 ans, ce n’est pas rien! Le fait d’avoir traversé ces décennies constitue à mes yeux une preuve de la légitimité de l’institution et du rôle qu’elle peut jouer, tant pour réguler la profession que pour la société dans son ensemble. Cela ne signifie pas que tout est acquis pour l’avenir, mais cela donne du sens à ce qui a été construit et à ce qu’il reste à accomplir. L’Ordre a été créé au sortir de la guerre, dans un contexte de revendications essentielles et de besoins importants à l’échelle du pays. Il a acquis sa légitimité sans jamais perdre de vue sa mission première: être au service du public, du citoyen.


L’institution a évolué avec le temps: quels sont selon vous les atouts de l’OGE et sur quels points doit-il travailler?
S.V.: Le sujet qui m’anime profondément, c’est celui du lien entre l’Ordre et ses membres. Parce que l’Ordre ne peut exister sans eux. C’est pourquoi il faut continuer d’expliquer ce que nous faisons, comment nous fonctionnons et comment chacun peut y contribuer. Pendant longtemps, notre fonctionnement a été plutôt descendant. Une nouvelle pratique se met en place, mais cela demande du temps. Nous essayons de progresser intelligemment, par la pédagogie et le dialogue, deux notions auxquelles je suis particulièrement attachée.


Quelle est la stratégie de l’Ordre vis-à-vis de ses partenaires et des décideurs publics?
S.V.: Deux dimensions doivent être distinguées. D’une part, la reconnaissance globale de la profession: les géomètres-experts jouent un rôle essentiel dans l’aménagement des territoires et la chaîne de production du logement, mais celui-ci reste insuffisamment identifié. Il nous faut mieux communiquer sur notre plus-value. Cela passe par une profession unie, parlant d’une seule voix et portée par une institution forte. D’autre part, la relation avec les pouvoirs publics. Il est nécessaire de démontrer en quoi notre expertise contribue concrètement à améliorer le cadre de vie, à sécuriser le système foncier et à fluidifier des processus parfois complexes. Il s’agit là de ne pas perdre de vue notre mission d’intérêt général.

 


 


SÉVERINE VERNET
«L’Ordre doit rester ouvert au monde et à ses transformations.»

 



La profession fait face au défi du renouvellement et, parallèlement, peine à se féminiser. Quelle importance accordez-vous à ces chantiers?
S.V.: Je crois beaucoup à l’exemplarité. Le fait que je préside l’Ordre et qu’une autre femme ait été réélue à la tête de l’UNGE contribue sans doute à déverrouiller certains blocages. Cela montre qu’on peut accéder à ces fonctions, et s’y maintenir! Par ailleurs, la culture change au sein de la profession. L’évolution du métier lui-même y contribue: la dimension physique qui avait pu exister à une époque s’est estompée, la part juridique s’est accrue. Mais le taux de féminisation reste faible, c’est vrai, autour de 16 à 17%. Ce chantier reste donc ouvert. Sur le renouvellement des générations: l’eXpert Game est un point fort de notre stratégie. L’événement s’installe et l’édition de cette année a été très fructueuse, avec de nombreux retours enthousiastes de jeunes. Mais il faut agir encore plus en amont, dès le lycée, au moment des orientations. Pour mieux communiquer avec les jeunes, il faut en outre s’appuyer sur eux, comprendre leurs codes et leurs aspirations.


Les géomètres-experts disposent d’un nouveau siège: la Maison XIV. Qu’est-ce que cela signifie pour l’institution, d’une part, et pour les professionnels, d’autre part?
S.V.: Le terme «maison» est évocateur. Une maison, c’est un chez-soi, un repère. La Maison XIV doit être un endroit où chaque professionnel se sent chez lui. C’est aussi une vitrine plus accueillante, plus chaleureuse, une sorte d’incarnation de notre savoir-faire et notre savoir-être. En ouvrant la Maison XIV, nous inaugurons un nouveau siège, mais nous affirmons aussi qu’une profession unie et forte mérite une maison à sa hauteur, un lieu pour la rassembler, pour rayonner et pour préparer son futur.


L’OGE a donc 80 ans. Quel avenir lui souhaitez-vous?
S.V.: Nul ne sait comment sera la société dans 80 ans. Mais j’ai la conviction profonde qu’il y aura toujours des géomètres-experts, et que cette profession utile socialement aura plus que jamais besoin d’une instance commune pour la fédérer, la représenter et la projeter dans l’avenir. Il y aura peut-être des rapprochements avec d’autres professions proches comme les architectes, les urbanistes ou encore les notaires. Je crois à la force du collectif plutôt qu’à l’éparpillement. L’essentiel, c’est que l’Ordre reste ouvert au monde et à ses transformations. Consolider nos missions régaliennes, agir au service du public et de la profession, toujours garder le cap de l’intérêt général et nous adapter aux mutations de la société: telle est la trajectoire que je souhaite à l’Ordre. Dans un monde traversé par les crises, les tensions et les fragmentations, le besoin d’institutions solides et de professions garantes de paix sociale ne fera que croître. C’est cette responsabilité singulière que l’Ordre devra continuer d’assumer.

 




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Retrouvez ces articles et l’ensemble du dossier consacré au 80e anniversaire de l’OGE dans le magazine novendi n°9, mai 2026, en consultant notre page «Le magazine».

 


 

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